Cinéaste marginal, auteur d'œuvres décalées plus ou moins à la portée d'un public pas forcément en phase avec un univers aussi barré, et donc plus ou moins appréciése, Tim BURTON a fait les beaux jours du cinéma fantastique du début des années 90.
Avec le premier "Batman" [1989], son premier "gros" film, il conciliait ses envies baroques et les contraintes commerciales pour contenter les producteurs et les fans de comics les moins exigeants.
L'homme chauve-souris est vite éclipsé par le cadeau que Tim BURTON offrit au monde un an plus tard : "Edward aux mains d'argent" [1990].
Les œuvres qui suivront, "Batman 2" [1992], "L'étrange Noël de Mr Jack" [1993], "Ed Wood" [1994], même si leur qualité est plus discutable [peut-être parce que le matériau d'origine n'est pas de Tim BURTON] n'en démontrent pas moins la volonté de BURTON de raconter des histoires qui lui ressemblent. L'histoire d'un être différent, rejeté et qui ne cherche qu'une chose : être aimé.
C'est là que tout part en vrille : comme Ed WOOD, Tim BURTON veut qu'on l'aime. Mais contrairement à Edward, Tim BURTON ne se résigne pas à abandonner sa tentative d'intégrer le conformisme. Alors, plutôt que de continuer à réaliser des films qui lui ressemblent, BURTON se vend et réalise des films tels qu'on veut qu'il les réalise.
"Mars Attacks" [1996] est le premier râle d'un réalisateur qui a encore le cul entre deux logiques, celle des films de monstres à l'ancienne faits de bric et de broc, et celle des films commerciaux faits pour plaire au grand public. Le mélange conduit inévitablement à un échec : le film est plutôt drôle et tout le monde en prend pour son grade : les journalistes TV, les généraux, les milliardaires de Las Vegas, et le résident de la Maison-Blanche... mais la sauce ne prend pas, la multiplication des points de vue en noie le sens, et l'ensemble semble vains...
Le temps de s'en remettre, Tim BURTON récidive 3 ans plus tard avec "Sleepy Hollow" [1999] où les Edward ScissorHands Addicts assistent, médusés, à l'agonie inexplicable de leur idole. Certes la photo est jolie, mais Tim BURTON préfère s'enfoncer dans les brumes du marketing plutôt que de donner vie à ses personnages ou de s'intéresser à un script qui transforme un terrifiant conte gothique en vague arnaque immobilière.
Certes l'erreur est humaine. Et on aurait pu pardonner à Tim BURTON ses écarts, mais "Sleepy Hollow" étant une réussite publique et oscarisée, Tim BURTON plus heureux que jamais d'être enfin admis dans le monde des hommes, ne se pose même plus de questions quand on lui propose de réaliser le remake de "la Planète des Singes" [2001].
Impensable qu'un réalisateur amoureux [un jour] des oeuvres fantastiques de tout poil, ait pu ne serait-ce qu'accepter cette proposition et la mener à terme.
Le résultat est pire que tout.
Le remake de BURTON est l'exact contraire de l'original. Face à un chef d'oeuvre immortel du cinéma de SF, Tim BURTON livre un popcorn-movie sans âme et d'une bétise digne de la médiocrité de son interprétation.
Mais Tim BURTON s'en fout, il est bien occupé à draguer une de ses actrices, Helena BONHAM-CARTER, avec qui il finira par convoler [comme tout bon réalisateur hollywoodien qui se respecte]. Paix à son âme.
Et "Big Fish" ? Franchement je m'en moque comme du dernier "Harry Potter". Il y a longtemps que je ne crois plus au miracle de la résurrection, et les premiers échos mitigés à son sujet ne font que confirmer ce que l'oj craignait : Tim BURTON est définitivement rentré dans le rang.
Donc, plutôt que d'aller voir "Big Fish", louez, ou achetez tant qu'à faire, "Edward aux mains d'argent". Voyez ou revoyez ce conte magique qui figea à jamais nos coeurs et l'histoire du cinéma [ne serait-ce que pour vous rappeler que Johnny DEPP fut un jour un acteur magnifique avant de se mettre à cabotiner lamentablement].
Mais je vous préviens : si vous êtes un sensible, comme moi, "Edward aux mains d'argent" vous fera verser quelques larmes... pas seulement par sa beauté, mais aussi parce que c'est toujours terriblement triste de réaliser que les hommes vieillissent et que les cinéastes meurent.